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Descartes et la phénoménologie
Le collectif ici présenté s'est arrêté sur ce titre : « Descartes et la phénoménologie ». Peut-être aurions-nous dû plutôt écrire « Descartes dans la phénoménologie » ou « Descartes vu par les phénoménologues » : en effet, il ne s'agissait pas de donner lieu à une confrontation entre Descartes et la phénoménologie, c'est-à-dire entre les thèses cartésiennes et les différentes thèses phénoménologiques, perspective qui aurait conduit à élaborer un colloque mixte où eussent été conviés de concert des spécialistes de Descartes et des phénoménologues-où les phénoménologues auraient pu dégager les éventuelles insuffsances du cartésianisme du point de vue phénoménologique, et les cartésiens, à l'inverse, mettre en évidence les failles des interprétations phénoménologiques de la doctrine cartésienne, qu'elles fussent le fait de Husserl, Heidegger, Michel Henry ou d'autres. C'eût été un objet possible et une perspective défendable, mais ce ne furent pas les nôtres. Il s'agissait, dans ce colloque, de Descartes dans la phénoménologie. C'est dire que Descartes est ici envisagé comme un personnage conceptuel vu dans la perspective des différents phénoménologues, et invoqué par ces derniers ou bien pour retracer l'histoire ou la généalogie de la phénoménologie elle-même (Husserl, Heidegger), ou bien pour mettre en évidence chez Descartes une intuition phénoménologique fondamentale (Husserl, M. Henry, Levinas, J.-L. Marion), ou encore pour dégager à l'inverse chez lui un obstacle épistémologique cardinal à la possibilité d'intuitions et d'élaborations proprement phénoménologiques (Heidegger, M. Henry, Merleau-Ponty). Aussi les textes que l'on lira ici ont-ils pour l'essentiel été écrits par des phénoménologues, du moins par des auteurs qui, à un moment ou un autre de leur parcours philosophique, se sont reconnus comme relevant de cette mouvance. Une première partie est consacrée à Descartes tel qu'il est thématisé par les phénoménologues allemands, à commencer par Husserl. De Husserl, on retiendra la réactivation du projet fondationnaliste cartésien, la répétition du doute hyperbolique par la réduction phénoménologique (qui purife le premier de tout acte de négation) et la ressaisie de la sphère apodictique des cogitationes et du cogito comme sol fondateur de la phénoménologie ; mais aussi, la critique husserlienne de la méthode déductive de Descartes.