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Les Europes possibles et impossibles d’un historien russe de l’époque soviétique: de Aaron Gourévitch
Parmi les historiens contemporains russes et soviétiques lus et connus au-delà des frontières de leur pays, le nom d’Aaron Yakovlévitch Gourévitch est peut-être le plus célèbre. De son vivant, ses écrits ont été traduits en dix-sept langues. Toute son oeuvre est vouée à l’étude de l’histoire médiévale et de la société de l’Europe occidentale. Mais il n’a rien écrit sur l’histoire de son pays.
L’intérêt profond et permanent qu’il portait à l’étude de l’histoire de l’Europe a été sa voie privilégiée pour découvrir et approcher sa propre subjectivité, pour se connaître lui-même. Par ce biais, il explorait la relation que son «soi-même» entretenait avec son environnement immédiat issu de la réalité russe de son temps.
Ses écrits témoignent de cette démarche. Certains appartiennent au genre de «l’ego-histoire», dont il fut un fervent défenseur. C’est le cas de L’Histoire d’un historien, un livre sur lequel il travailla plus de dix années et qu’il considérait lui-même comme son opus magnum. Se référant à ses connaissances des cultures scandinaves dont il était spécialiste, il disait parfois que, tel un Viking, il éprouvait le désir d’«entrer dans la saga».